Les agriculteurs explicitent leurs positions à Eric Alauzet

Eric Alauzet a demandé à rencontrer lundi 5 novembre les représentants de la profession. Répondant à cette invitation, les syndicats ont exposé plus en détails les difficultés auxquelles sont confrontées les agriculteurs du Doubs en raison de la sécheresse, et les éléments de solutions à mettre en place rapidement.

La situation climatique qui secoue plusieurs départements de la région Bourgogne-Franche-Comté a été largement communiquée : par voie de presse évidemment, mais aussi en prenant contact directement avec les représentants de l’Etat, dont nos députés. C’est suite à un courrier de la Chambre régionale d’agriculture expliquant la situation particulièrement difficile de nombreuses exploitations, et les mesures préconisées par notre syndicalisme, qu’Eric Alauzet a souhaité rencontrer les représentants de la profession agricole pour avoir quelques précisions et informations complémentaires face à la situation. « Je crains qu’hélas les choses aillent en empirant dans les années à venir. Nous sommes bien en face d’un dérèglement climatique, plus que d’un réchauffement même. On ne peut pas tabler sur une augmentation mathématique d’un ou deux degrés par rapport aux températures actuelles, les cartes sont en train d’être complètement rebattues. Une année comme 2018 l’illustre bien : nous sommes passés de fortes pluies en début d’année à plus de pluies du tout ! » a expliqué le député en début d’entretien.

Des solutions à mettre en œuvre en urgence !

Michel Revevier, vice-président de la Chambre régionale d’agriculture, a présenté en préambule les mesures travaillées en ce moment au niveau de la région et du département, afin de mettre en place une aide d’urgence à l’UGB. 5 millions d’euros ont été débloqués à cet effet, mais la répartition entre département et secteurs reste encore en négociation. D’autres aides, pour un montant de 5 millions d’euros également, seront débloquées pour des investissements au stockage qui devraient contribuer à passer un peu mieux ce type de situation dans le futur. D’autres dispositifs ont été mis en place, comme les dégrèvements de TFNB, qui représentent plus de 1,3 millions d’euros pour le Doubs. « Ces mesures peuvent contribuer à apporter un peu de trésorerie », a expliqué Eric Morel, vice-président de la FDSEA du Doubs, « mais dans la pratique, il est souvent délicat de récupérer les sommes auprès de nos propriétaires ». Les aides MSA sont également à l’ordre du jour : le compte n’y est pas. Les sommes annoncées par le ministre de l’Agriculture dernièrement semblent se référer aux montants déjà annoncés, soit 134 000 euros d’aides exceptionnelles pour le Doubs (sous forme de prise en charge de cotisations sociales). Il faut que de nouveaux fonds soient débloqués rapidement, car la gestion sociale de cette crise doit pouvoir bénéficier de moyens particulièrement conséquents.

Enfin, la question de la mise en place du système des calamités a été soulevée. Ce mécanisme, financé par une cotisation sur les primes d’assurances, doit impérativement être opérationnel dans le département du Doubs. Si l’outil est inopérant une année comme celle-là, quand le sera-t-il ? Hélas, les problèmes administratifs et réglementaires sont là, encore une fois : des seuils à respecter, des plafonds incompréhensibles freinent le dossier. De plus, une fois la zone classée en calamités, certains critères doivent être remplis à titre individuels pour bénéficier du système. « Il faut que le produit brut calculé d’une exploitation diminue d’au moins 13 % » a détaillé Stéphane Sauce, secrétaire général de la Fdsea du Doubs, « or ce sont les charges qui explosent cette année, beaucoup moins le chiffre d’affaires ». La nécessité d’amener de la souplesse et de la réactivité au dispositif est soulignée une nouvelle fois : espérons que les choses évoluent rapidement, et dans le bon sens !

Ne pas oublier le long terme ! 

 D'autres aspects liés au dérèglement climatique ont également été abordés. La mise en place de retenues collinaires a été évoquée par Michel Renevier, afin de pouvoir stocker l'eau pendant les périodes d'abondance (voire de surabondance...) et l'utiliser pendant les périodes de sécheresse. "Nous avons une chance dans ce département, c'est qu'une grosse réserve d'eau se trouve en amont de nos villes : le lac Saint-Point" a insisté Daniel Prieur, président de la Chambre interdépartementale d'agriculture. Et dans ce cadre, il est important de pouvoir réfléchir à des aménagements permettant d'une part de mieux retenir et réguler l'eau, et d'autre part de pouvoir pomper et traiter cette eau rapidement. La question de l'ICHN (indemnité compensation de handicaps naturels) a été abordée. Encore une fois, Daniel Prieur a rappelé qu'il "s'agit d'une mesure structurelle qui vise à compenser un moindre potentiel agronomique, des handicaps naturels. Aujourd'hui, la totalité de notre département bénéficie de cette aide, et c'est très bien. Attention à préserver ce dispositif, qui se justifie d'autant plus des années comme celle-ci". 

Eric Morel, n'a pas manqué de profiter de l'occasion pour revenir sur les Etats Généraux de l'alimentation en fin en fin de réunion : "Les premiers outils pour mieux passer les crises, ce sont de bons prix qui permettent de se constituer des réserves en cas de coup durs. Pour y arriver, l'amélioration de la DPA va dans le bon sens en permettant de réintégrer rapidement les sommes mises de côté, mais encore faut-il avoir de bonnes années pour constituer des réserves ! Et nous attendons que des améliorations significatives de prix puissent bénéficier aux producteurs, et que la grande distribution respecte enfin les règles !"